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Public Sénat : Au nom du Patrimoine

Il faut voir ou revoir le beau et poignant reportage de Public Sénat en 2021 : Au nom du patrimoine.

Il porte sur les effroyables destructions qu'à vécu le patrimoine mondial, de l'Afghanistan à l'Afrique, de Bämiyân à Tombouctou en passant par Mossoul et Palmyre. L'actuelle crise ukrainienne rend le sujet encore davantage d'actualité.

Cette nouvelle crise iconoclaste, telle que l'Humanité n'en avait pas subi depuis fort longtemps1, pensait impensable au XXIe siècle, siècle de la mondialisation, de la diffusion exponentielle de la culture et de la connaissance, et de la modernité extrême.

Le reportage soulève plusieurs questions : d'ordre culturel (la protection du patrimoine mondial de nos jours), politique (l'islamisme aujourd'hui, là comme dans nos sociétés occidentales et la complaisance coupable de certains à son égard), philosophique (qu'est-ce que le vivre ensemble dans des sociétés au destin fluctuant par nature ?) et religieuse (le sort des civilisations antiques et de la chrétienté en Orient).

Au-delà du sujet évoqué, qui concerne des sociétés non-occidentales, ce reportage nous interroge également sur notre propre protection du patrimoine.

Une réflexion de Bariza Kiarhi interpellera tout à chacun, principalement les non-spécialistes du patrimoine et ceux qui ne se sentent pas concernés par le sujet :

"Touchez au patrimoine, c'est toucher à l'identité des gens" !

Nous ajouterons, quant à nous : "C'est obérer aussi l'avenir de nos descendants (enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants) et la mémoire des peuples" !

Nous pensons en effet à toutes ces destructions et disparitions patrimoniales que subissent peu à peu, subrepticement, au fil du temps, nos sociétés occidentales pour des raisons diverses :

-méconnaissance du sujet par de nombreux politiques et élus2

-ignorance des propriétaires (privés ou publics) de l'histoire ou de l'intérêt architectural et artistique de leur site

-poids des lobbys immobiliers cupides

-pression des aménagements urbains de sociétés aux besoins constants

-absence de crédits pour le patrimoine non protégés, voire même le patrimoine "protégé" (classés ou inscrits)

-méconnaissance et sous-emploi de la loi sur le mécénat privé (loi Aillagon de 2003) en France, quand d'autres pays l'emploient largement (National Trust en Grande-Bretagne, par exemple)

-zèle "restaurateur" de certains architectes du patrimoine aux motifs fallacieux ou ignorants et aux intérêts pécuniers souvent évidents

-défaillance de certaines administrations censées protéger le patrimoine

-associations patrimoniales cultivant l'entre-soi, aux actions, pouvoirs, moyens et communication limités

-effets de modes des propriétaires, architectes et designers contemporains pour qui le passé n'est qu'accessoir et doit servir leurs propres créations

-absence de médiatisation du patrimoine en général et du petit patrimoine (rural ou urbain) en particulier

-défaillance crroissante des médias publics sur le sujet3

-surmédiatisation de sites prestigieux ou de restaurations spectaculaires qui ne sont que les arbres masquant la forêt des destructions et disparitions, volontaires ou non.

Bref, comme on le voit, les causes de la disparition de notre propre patrimoine peuvent être multiples et la liste ici faite est non-exhaustive.

Oui, le patrimoine est vraiment une cause universelle et l'on aimerait qu'il fût traité avec autant d'attention qu'on le fait aujord'hui pour la cause environnementale.

La démolition de la superbe chapelle néo-gothique de Lille, en février 2021, avec la "bénédiction" de la ministre de la Culture de l'époque ou la récente destruction volontaire d'une superbe maison alsacienne par un maire ignorant et inconséquent montrent que, nous aussi, nous avons nos propres vandales !

À méditer sérieusement pour l'avenir de nos sociétés et pas seulement au moment des "Journées du Patrimoine" de septembre.

1. Ce reportage nous laisse entrevoir ce que dut être l'iconoclasme protestant du XVIe siècle, les destructions révolutionnaires de la fin du XVIIIe ou les saccages des guerres des XIXe et XXe siècles.

2. Nous n'ignorons pas ici la bonne volonté de certains et le savoir-faire indéniable d'autres.

3. Il est bien dommage que le reportage de Public Sénat n'ait pas été réalisé par France TV ou Arte. N'a-t-on jamais vu semblable sujet traité ainsi par les chaines publiques ? Toutes nos félicitations donct à Public Sénat dont les sujets de reportage sont souvent originaux et sortent des sentiers battus et rebattus du politiquement correct.

 

 

 

 

 

 
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