Mansart de Sagonne

Blondel - Mansart de Sagonne : le talent escamoté

Les actes du colloque Jacques François Blondel. La dernière leçon de l’architecture à la française tenu à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, le 14 décembre 2017, viennent de paraître, aux éditions Mardaga, sous la direction d’Aurélien Davrius, maître de conférences à l’École supérieure d'Architecture Paris-Malaquais.

 

     Actes  du Colloque Jacques-François Blondel 2017, éd. Mardaga, A. Davrius (dir.), 2022

 

Le sommaire est excellent et vous pourrez y découvrir mon article "Blondel et les Mansart : une leçon particulière" (p. 33-53).

Il est l’occasion de rappeler les relations ambivalentes qu’entretînt le grand maître de l’enseignement de l’architecture en France au XVIIIe siècle envers ceux qu’il considérait comme des modèles, à prendre ou à rejeter suivant qu’ils relevaient du génie ou du talent.

Si le goût prononcé de Blondel pour l’œuvre de François Mansart est bien connu, on oublie souvent, cependant, qu’il montra un égal attrait pour l’activité de Jules Hardouin-Mansart, partagé entre l’intellect de l’un et l’affect de l’autre.

S’agissant du troisième membre de la dynastie, à savoir Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, architecte du roi, Blondel l’ignora superbement, n’évoquant ses bâtiments que de manière très laconique.

On découvrira dans cet article comment leurs relations communes avec le grand sculpteur-ornemaniste Nicolas Pineau, mais aussi avec les Voyer d’Argenson à travers l’Académie de Saint-Luc, ou le projet de Trianon allemand que constituait le château de Jägersburg pour le duc Christian IV des Deux-Ponts, furent autant de motifs de frictions ou, tout du moins, de rivalités entre les deux hommes.

Cette relation « particulière » rejaillit naturellement sur Pierre Patte, disciple de Blondel, qui succéda à Mansart de Sagonne au service du prince allemand.

Il est intéressant de constater comment, à trois siècles de distance, l’architecte du roi et son biographe ont subi les mêmes jalousies et mêmes adversités au point de leur valoir l’escamotage pur et simple de leurs travaux1.

Après Blondel, l’activité de Mansart de Sagonne fut escamotée en effet par Pierre Patte, notamment dans son grand ouvrage Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV (1765) qui recense les grands projets de places royales dédiées au roi. Le dernier Mansart n’y apparait pas quoique, suite à mes recherches, il figure comme l’architecte du roi qui avait le plus investi ce thème, tant à Paris qu’à Marseille2.

Ses grands projets royaux, dont celui de l’église royale Saint-Louis de Versailles, ne seront guère mieux traités par les deux hommes. C’est ainsi que l’architecte du roi demeura un éternel inconnu jusqu’au XXe siècle.

En 2020, lors de la parution des actes du colloque international Jules Hardouin-Mansart 1642-1708, tenu à la Cité de l’Architecture et au château de Versailles, ma communication sur la famille de Jules Hardouin-Mansart fut escamotée de même, sans avertissement préalable, par Alexandre Gady, directeur de publication, avec l’assentiment de Mathieu da Vinha, directeur scientifique du CRCV3.

Cet escamotage n’était pas le premier galop d’essai de M. Gady. En effet, en 2008, alors que j’étais chercheur associé au CRCV et participerai, à ce titre, au dit colloque, Béatrix Saule4, directrice de l’institution et future directrice de l’EPA du domaine de Versailles, me demanda discrètement, dans mon propre bureau, de renoncer à mon projet d’ouvrage sur la dynastie Mansart.

Cette demande était-elle motivée par le souhait de complaire à Alexandre Gady ou au Centre André-Chastel de Paris-IV, lié au CRCV, et dont Gady était membre, ou lui avait-elle été suggérée (?). Quoi qu’il en soit, je répondis par la négative, me considérant, après tant d’années de recherche et de sacrifice personnel, légitime sur le sujet, ce que n’était pas Gady5. L’avenir l’a démontré, notamment à travers les actes Blondel qui viennent de paraître et les nombreuses découvertes que j’ai effectuées depuis mon passage au CRCV en 2007-2008.

Après sa thèse sur Jacques Lemercier en 2001, Alexandre Gady s’empara du sujet Hardouin-Mansart dans la perspective de la grande exposition qu’il envisageait à Versailles. On sait ce qu’il advint : Bertrand Jestaz renonça à collaborer au projet et publia ses travaux patiemment rassemblés après tant d’années dans l’ouvrage bien connu6. Il l’assortit en avant-propos d’une remarque savoureuse à l’attention de Gady concernant son projet concurrent d’ouvrage collectif7. Projet auquel ma participation fut, en ce qui me concerne, réduite à la portion congrue, quand ses amis et alliés se virent largement récompensés. Jalousie et rivalité, quand tu nous tiens !

Dans ces conditions, on comprend mieux l’attitude de ce monsieur en 2019-2020.

D’autres chercheurs ou universitaires ont eu aussi à subir les affres de l’ambitieux et médiatique historien de l’art : comité scientifique repris en main à son avantage quand il n’y fut pas convié ; escamotage ou spoliation de travaux à son profit ou ceux de son cénacle, sujets donnés à ses étudiants sans concertation préalables avec l’intéressé, propos malveillants, etc. Il y en a qui sont démis de leurs fonctions pour moins que çà … D’autres témoignages viendront sans doute conforter mon expérience et celles dont on m’a fait part.

On rappellera à ce monsieur que l’ambition est une bonne chose quand elle se fait avec le concours, et non au détriment, de ceux légitimes sur un sujet de recherche par les années consacrées.

De Blondel ou Patte à Gady, il n’y a qu’un pas !

C’est donc avec un plaisir particulier, après tant de vicissitudes, que je livre aux amateurs d’architecture du XVIIIe siècle cet aspect méconnu de l’activité de Blondel et de ses liens avec Mansart de Sagonne.

 

                    Jacques-François Blondel, Cours d'Architecture, Paris, 1771-1777                 Jacques-Francois Blondel, portrait anonyme, Paris, Musée Carnavalet

 

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1.Voir plus bas.

2.Cf. nos articles : "Un projet inédit de place royale et d’hôtel de ville à Marseille par Mansart de Sagonne (1752)", Bulletin Monumental, 1996, n° 1, p. 129-147 ; "Les projets de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne pour la place Louis XV de Paris (1748-1753)", Paris, capitale des arts sous Louis XV, annales du Centre Ledoux, tome 2, Paris-Bordeaux, 1998, p. 129-147 ; "L'hôtel de ville de Marseille. Vicissitudes de l'aménagement urbain sous Louis XV" in Hôtels de ville. Architecture publique à la Renaissance, ouvrage collectif sous la direction d'Alain Salamagne, Rennes et Tours, 2015, p. 319-344.

3.Jules Hardouin-Mansart. Le chantier infini, actes du colloque international Jules Hardouin-Mansart, Paris et Versailles, 12-13 décembre 2008, à l’occasion du tricentenaire de la mort de l’architecte, CRCV-Centre André-Chastel (Paris-IV Sorbonne), A. Gady (dir.), Le Passage, Paris, 2020. De nos travaux sur la succession et la descendance de Jules Hardouin-Mansart, patiemment rétablie par mes recherches en thèse dans les années 1990, soutenue en 2004 (t. I, p. 21-182), il n’en est point question dans la préface de « Môsieur » Gady !

4.Durant les 14 mois effectués au CRCV (septembre 2007-décembre 2008), avec périodes de latence d'un à deux mois, dans le cadre du programme de recherche sur les sciences à la cour de Versailles, Béatrix Saule me fit quatre contrats de 2 ou 3 mois, quand les filles du centre bénéficiaient de contrats longs (1 à 3 ans et plus). En terme de sexisme, ce n'est pas mal ! Femme de talent au tempérement de feu (scorpion), je vécus là un stress incroyable, bref un véritable calvaire. Le seul souvenir agréable fut l'inauguration de l'exposition Quand Versailles était meublé d'argent en décembre 2007. En 2010, mon nom fut escamoté dans les remerciements du catalogue de l'exposition sur les sciences quand, parallèlement, elle fit mon éloge dans le journal interne de l'établissement du château. C'est avec la même désinvolture qu'elle vint m'embrasser au départ de Jean-Jacques Aillagon en octobre 2011 à la grande surprise de mon collègue de la communication qui savait tout ce que j'avais subi. Dans les milieux de pouvoir, le culot et l'indécence n'ont pas de limites ... J'ajouterai enfin que durant les cinq années passées à l'EPA du domaine de Versailles, on m'aura fait 11 contrats précaires (conservation et CRCV compris).

5.Il soutînt sa thèse sur Jacques Lemercier en 2001. En 2008, ses huit publications sur Hardouin-Mansart se limitent à Paris et deux portent sur la place des Victoires. Publications réalisées parfois avec le concours de tiers quand Bertrand Jestaz et moi-même avons réalisé personnellement tous nos travaux.

6.Bertrand Jestaz, Jules Hardouin-Mansart, éd. Picard, Paris, 2008, 2 tomes.

7.« (…). Un projet d’exposition commémorative* lancé en 2005 auquel j’eus la naïveté de croire m’amena à rédiger une liste de quelque 250 documents en partie inédits qui fut distribuée et est restée entre les mains du comité constitué, composé de Mme Béatrix Saule, MM. Frédéric Didier, Alexandre Gady et moi-même. Lorsque ce projet avorta et qu’un membre de ce comité lança le projet d’un livre sur Mansart** sous sa propre direction, j’ai pensé qu’il valait mieux publier moi-même le résultat de mon travail et qu’il était temps de le faire, puisqu’aussi bien une vie ne suffirait pas à épuiser toutes les possibilités de recherche » (avant-propos, ibid, p. 7-8).

    *Exposition Jules Hardouin-Mansart prévue fin 2008.

    **Alexandre Gady (dir.), Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), ouvrage collectif, éd. Maison des

      Sciences de l’Homme, Paris, 2010.  

Frissonnez au château de Jossigny (Seine-et-Marne)

Donnez-vous des frissons au château de Jossigny, charmant château du XVIIIe siècle de style rocaille que nous avons rendu à Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne dans les années 2000 et 2010*.

Il est toujours heureux de voir ses travaux scientifiques exploités à destination du public et à des fins ludiques. C'est ce qu'a réalisé la jeune équipe de DeathScape Story Games, réunie par Pierre Wagner et Pascal Barbe, jeune équipe talentueuse, à l'imagination débordante. Vous pourrez en juger à travers la présentation en lien ci-dessous.

L'ouverture de ce jeu à sensations au sein du château s'est déroulée avec grand succès, les 3 et 4 juillet derniers.

Le jeu se tient tous les week-ends de l'année jusqu'à la saison 2022 (au moins).

Félicitations aux Centre des Monuments nationaux, à la Conservation de Champs-sur-Marne et à l'équipe de DeathScape Story Games pour ce projet novateur d'animation du patrimoine.

https://www.chateausanglant-escapegame.fr

https://www.crazyradio.fr/2021/07/marne-et-gondoire-frissonnez-au-chateau-sanglant-de-jossigny

 

    Château de Jossigny, côté jardin, 1753, cl. Ph. Cachau

*Rendu dans notre thèse soutenie en 2004 et dans les articles publiés en 2011 et 2012 dans les Cahiers de l'histoire de l'art (voir Articles).