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Conférences Versailles - Biarritz 2019

Découvrez l'histoire et l'architecture de la Biarritz de Napoléon III sous le prisme méconnu de Versailles et de Trianon. Informations et inscription dans Conférences.

     Affiche Biarritz - Versailles, conférence 16 janvier 2019

Colloque international François-Joseph Bélanger, Château de Maisons-Laffitte, 6-8 décembre 2018

François-Joseph Bélanger (1744-1818) fut l'un des architectes majeurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle. On trouvera la diversité de ses talents consignée dans le programme du colloque ci-dessous, organisé à l'occasion du bicentenaire de sa mort.

Bélanger est surtout connu pour avoir tenu le pari donné par le comte d'Artois - futur Charles X - à sa belle-soeur, Marie-Antoinette, d'ériger un nouveau pavillon de plaisance en moins de trois mois : celui de Bagatelle. Pari tenu (septembre - novembre 1777) ! Ce prodige vaudra à l'architecte la commande, la même année, de la Folie Saint-James à Neuilly par Claude Baudard de Vaudésir, baron de Saint-James. Bélanger réalisera aussi pour le comte d'Artois, cette année-là, la fameuse salle à manger néo-classique du château de Maisons (1777-1784).

Le comte d'Artois avait recruté Bélanger, dont il fut le premier architecte de sa maison en 1778, sur la recommandation de Marc-René de Voyer d'Argenson, dit le marquis de Voyer (1722-1782), ainsi que l'indique une lettre de l'architecte à celui-ci du 22 août. Le marquis était réputé en effet pour son goût sûr, audacieux, et la protection accordée à de nombreux artistes par ses différentes commandes : château et haras d'Asnières, réfection et nouveaux décors de l'hôtel d'Argenson, dit aussi "Chancellerie d'Orléans", près le Palais-Royal à Paris, château, haras et grange-écurie des Ormes (Vienne), réalisations que l'on trouvera évoquées sur ce site.

 

                                 Joseph-Siffred Duplessis : Charles-Philippe de France, comte d'Artois, vers 1779, château de Versailles               Maurice-Quentin Latour : Marc-René de Voyer d'Argenson, marquis de Voyer, 1751, Saint-Quentin

 

En 1778, Bélanger marqua sa reconnaissance au marquis pour la recommandation qu'il lui avait accordée auprès d'un autre commanditaire prestigieux : Lord Shelburn à Londres. Il lui confirma le rôle éminent dans les arts de son temps : "non seulement vous êtes l'ami des Arts, mais vous méritez d'être le père des artistes" !

Bélanger et Voyer avaient de nombreux liens à commencer par celui de son maître, Julien-David Le Roy, pionnier de l'hellénisme français, membre des Académies royales d'Architecture et des Inscriptions et Belles-Lettres. Le Roy était le protégé et le conseiller du marquis depuis les années 1750. Il y eut aussi la proximité de Bélanger avec son confrère, Charles De Wailly, architecte du marquis à partir des années 1750 : décors de la salle à manger du château d'Asnières (1754), de l'hôtel d'Argenson (1762-1770), constructions du corps central du château et de la grange-écurie des Ormes (1766-1783). Bélanger était aussi proche de l'élève et collaborateur de De Wailly, Bernard Poyet, qui oeuvra sur les derniers chantiers évoqués.

Bélanger et Voyer avaient d'autres points communs : l'Angleterre - l'architecte s'y rendit à deux reprises (1773 et 1778) - et le cheval : par sa maîtresse, la fameuse cantatrice Sophie Arnoult, l'architecte travailla à l'hôtel parisien et au haras de Canisy en Normandie, propriété de Louis-Félicité de Brancas, comte de Lauraguais, ami de longue date du marquis de Voyer.

La relation entre Voyer et Artois s'était établie, quant à elle, par l'intermédiare de Louis-Philippe-Joseph, duc de Chartres, futur duc d'Orléans, intime des D'Argenson et cousin d'Artois. La proximité de leurs domaines en bordure de Seine (châteaux de Neuilly et d'Asnières pour Voyer d'Argenson, Bagatelle et Maisons pour Artois), leurs goûts communs de l'Angleterre, des arts et surtout des chevaux avaient servi également leur relation. C'est par ce biais qu'elle se fit en effet : en 1775, date d'acquisition de Bagatelle par le comte d'Artois, le marquis de Voyer vendit des pur-sang anglais, issus de ses haras des Ormes, au duc de Chartres. Artois en souhaita en 1777 pour la réalisation de ses haras de Maisons, établis dans les écuries du château.

Voyer lui prodigua parallèlement ses conseils pour la nouvelle salle à manger du château de Maisons, lui recommandant Bélanger. L'architecte était alors au service de la Couronne en tant que dessinateur des Menus Plaisirs depuis 1767. Parallèlement à Maisons, il devait réaliser les écuries du comte, rue d'Anjou à Paris (1778), où Voyer avait les siennes, et celles de son épouse à Versailles (1783).

Ce sont là des aspects méconnus de l'histoire de ces hommes emblématiques d'un certain art de vivre à la française au XVIIIe siècle. Aspects qu'il nous a paru important d'évoquer et de partager à l'occasion de ce colloque.

 

                  François-Joseph Bélanger : Chateau de Bagatelle, 1777              François-Joseph Bélanger : Salle à manger du comte d'Artois au château de Maisons, 1777-1784, cl. Ph. Cachau

 

Programme colloque Bélanger, décembre 2018programme colloque Bélanger, décembre 2018

 

Sources : Poitiers, Bibliothèque universitaire, fonds ancien, Archives d'Argenson.

               Nicole de Blomac : Voyer d'Argenson et le cheval des Lumières, Paris, éd. Belin, 2004.

Louis-Philippe à Versailles, c'est aussi Trianon et la cathédrale Saint-Louis

Le château de Versailles rend hommage, du 6 octobre 2018 au 3 février 2019, à Louis-Philippe, roi des Français, qui décida en 1833 de consacrer le lieu « À toutes les gloires de la France" par la création d’un musée de l’histoire de France, depuis Clovis à son arrivée sur le trône en 1830. Ce musée fut inauguré le 10 juin 1837 et ouvrit ses portes dès le lendemain. L’exposition, dont la commissaire est Valérie Bajou, était prévue depuis une dizaine d’années au moins mais n’avait jamais pu voir le jour.

 

                                         Horace Vernet : Louis-Philippe et ses fils, Château de Versailles, 1846

 

Longtemps, en effet, depuis Pierre de Nolhac (1859-1936), conservateur du château de 1892 à 1919, ce musée français demeura honni de la conservation du château. Seul l’Ancien Régime retenait toute son attention. Plus généralement, hormis, l’ère napoléonienne au Grand Trianon, le XIXe siècle était proscrit suivant le goût général du XXe siècle. Les choses évoluèrent quelque peu à partir des années 1970-1980 quand, suite à la loi programme de 1978, on décida de conserver le musée de l’Histoire de France – établi à l’emplacement d’anciens appartements princiers (aile sud) et de courtisans (aile nord) – dans les ailes et de rétablir l’état Ancien Régime au 6 octobre 1789, départ de la cour, dans le corps central.

Cette exposition permet de découvrir les superbes salles conçues dans le goût du temps (des Croisades, Napoléon, de 1830) et surtout les trois salles relatives à la conquête de l’Afrique du nord (Constantine, Smala et Maroc) confiée au grand peintre du temps, Horace Vernet (1789-1863). C’est en effet avec Louis-Philippe que s’ouvre l’ère coloniale de la France. Demeurées invisibles depuis des décennies, ces salles servirent tour à tour de réserves puis de lieux d’exposition. On peut enfin les découvrir dans leur état originel.

 

          Salle de Constantine, château de Versailles, 1842             Salle de la Smala, château de Versailles, années 1840

 

Louis-Philippe à Versailles, ce n’est pas que le château et son musée historique. Lors de ses séjours dans la cité royale, comme Napoléon, le roi des Français logeait au Grand Trianon et ce dès 1833. Pour lui et sa nombreuse famille, il décida le réaménagement des lieux en 1835. Il fit ainsi établir une chapelle dans l’aile de Trianon-sous-bois où sa fille Marie-Christine-Caroline-Adélaïde (1813-1839) épousa, en octobre 1837, le prince allemand, Alexandre de Wurtemberg (1804-1881).

 

              Chapelle de Louis-Philippe au Grand Trianon, aile de Trianon-sous-bois, 1835-1838               Achille Devéria : Assomption, chapelle du Grand Trianon, manufacture de Sèvres, 1838

 

Outre les appartements bien connus et encore visibles de la reine des Belges – sa fille Louise-Marie-Thérèse (1812-1850) – et le salon de famille, réalisé à l’emplacement de deux anciens salons de Louis XIV, le roi des Français fit installer son appartement à l’extrémité de l’aile sud du palais qui donnait à la fois sur les jardins et le Grand Canal, derrière l’ancien salon du conseil de Louis XIV. Il avait installé sa chambre, qui était aussi celle de Marie-Amélie – le roi et la reine couchaient bourgeoisement dans le même lit - dans celle qui fut affectée, au début du siècle, à l’impératrice Marie-Louise. Le lit de Louis XVIII aux Tuileries fut affecté là et agrandi pour l'occasion. Les enfants furent installés dans la partie nord dont les cinq fils du roi dans l’aile de Trianon-sous-Bois.

 

           Grand Trianon, salon de famille de Louis-Philippe              Grand Trianon, chambre de Louise-Marie-Thérèse d'Orléans, reine des Belges

 

Cet appartement fait l’objet, depuis 2016, d’un rétablissement complet à l’emplacement des anciens appartements des hôtes de marque, établis en 1966, lors de la restauration du palais par le général de Gaulle. Ce rétablissement est mené par le talentueux Jérémie Benoit, conservateur en chef, à qui l’on doit la superbe restauration intérieure - dans son état Premier Empire - de la maison de la reine au hameau (inaugurée en juin 2018). Il a ressorti des réserves tout le mobilier de Louis-Philippe qui était  demeuré entreposé là depuis l’ère Pierre de Nolhac. On pourra redécouvrir ces appartements très prochainement. Voilà un pas de plus vers l’état XIXe du Grand Trianon.

Pendant ses séjours à Versailles, Louis-Philippe et sa famille venaient aux offices à la cathédrale Saint-Louis. En octobre 1837, soit quelques mois après l’inauguration du musée historique du château, il assista au Te Deum qui fut donné suite à la prise de Constantine (Algérie), le 13 du mois.

Le début de son règne fut marqué par le rétablissement de la chapelle axiale de la Vierge : en 1835, on commanda à l’artiste tyrolien, Dominique Malkenecht (1793-1876), dit aussi Molkenecht, une statue de la Vierge à l’enfant en marbre qui sera présentée au Salon du Louvre en 1837. L’artiste s’était distingué alors par une Assomption de la Vierge pour la cathédrale de Metz  (1835-1836). La commande venait rendre hommage à la Vierge pour avoir protéger la cité royale de l’épidémie de choléra qui avait sévi à Paris et ses environs en 1831-1832.

                   

                                         Cathédrale Saint-Louis, chapelle de la Vierge, années 1840

 

La réalisation de cette statue devait conduire au rétablissement complet de la chapelle dans les années 1840. En 1843, l’évêque, Mgr Louis Blanquart de Bailleul, décida la réfection de l’autel et fit disposer par la fabrique la balustrade en marbre que l’on voit aujourd’hui. Les marbres furent issus de la Petite Venise, près du Grand Canal, où se trouvaient différentes margelles des bassins du parc. En 1847, la statue de Malkenecht, disposée jusqu’alors sur un piédestal, put enfin trouvée place au-dessus de l’autel, conformément au souhait des fidèles. On réalisa cette année-là la gloire baroque avec têtes de chérubins. L’ensemble remplaçait le tableau de Hyacinthe Colin de Vermont, La présentation de la Vierge au Temple (1755), accrochée là depuis le milieu du XVIIIe siècle (tableau visible dans une chapelle latérale de la nef).

 

              Dominique Malkenecht, Vierge à l'enfant, cathédrale Saint-Louis, 1835-1837                    Achille Devéria : Assomption, chapelle de la Vierge, cathédrale Saint-Louis, manufacture de Sèvres,1847-1848

 

La restauration de la chapelle de la Vierge s’acheva par la réalisation des vitraux de l’Annonciation et de l’Assomption. Ils furent confiés à Achille Devéria (1800-1857),célèbre peintre et lithographe de l’ère romantique, que Louis-Philippe avait sollicité pour son musée historique et le vitrail de la chapelle du Grand Trianon. Exécutés par la manufacture de Sèvres, ces superbes vitraux furent installés en juin 1848. Le roi des Français était alors déchu depuis la révolution survenue en février. Il avait offert le vitrail de l’Assomption en mars 1847sur sa liste civile en gage de bienfaisance à la ville de Versailles.

Après votre visite de l’exposition au château, pensez aussi à parachever votre périple par celle de ces deux sites emblématiques de sa présence à Versailles.

Napoléon III et Eugénie font un château en Espagne

Découvrez cet été Arteaga, la résidence médiévale méconnue de Napoléon III et d'Eugénie dans le Pays basque espagnol. Ils n'y résideront jamais mais elle figurait parmi les résidences de leur liste civile.

 

         Blason de la famille Arteaga (cliché Philippe Cachau)

Découvrez le domaine départemental de Montauger, site historique et environnemental remarquable

Venez découvrir sur les bords de l'Essonne, un des hauts lieux de la biodiversité en Ile-de-France : le domaine départemental de Montauger. Installé dans les vestiges d'un château du XVIIIe siècle, oeuvre de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, il a été inauguré le 30 juin dernier. Partez à la rencontre d'une faune et d'une flore exceptionnelles et naviguez, durant les chaleurs d'été, sous les délicieux ombrages d'une rivière pleine de charme. Clichés et explications dans l'Album photos.

 

       Le château du côté du jardin (ancienne cour principale), cliché Ph. Cachau

Colloque "Femmes artistes à l'âge classique", Paris-Nanterre - Louvre, 30 mai - 1er juin 2018

Colloque international, organisé par les Universités Paris-Nanterre et Bordeaux-Montaigne (CLARE), avec le soutien de l’Université Paris-VIII et du Musée du Louvre. Université Paris-Nanterre, le 30 mai, Musée du Louvre, auditorium, les 31 mai et 1er juin 2018.

 

         Affiche colloque Femmes artistes, Nanterre-Louvre, 30 mai-1er juin 2018

  Colloque international Paris, Nanterre-Louvre, 30 mai-1er juin 2018

  Sur ce thème, voir Musée municipal de Libourne : la peinture au féminin (XVIe-XXe siècles).

Les Mansart chez les Bourbons

De Jules Hardouin-Mansart à Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (ou de Lévy), les Mansart ont toujours souhaité attacher leur image à celle de la dynastie régnante, les Bourbons. Quand une dynastie d'architectes entend jouer un rôle éminent dans le fief de l'une des plus illustres dynasties de la monarchie française... A découvrir dans notre dernier article pour la Société d'Emulation du Bourbonnais.

    Chateau de Lurcy-Lévis (Allier), cl. Ph Cachau

Colloque Jacques-François Blondel, Cité de l'Architecture, Paris, 14 décembre 2017

Jacques-François Blondel (1705-1774) fut le grand maître de l'enseignement de l'architecture en France au XVIIIe siècle. Découvrez le programme du colloque et inscrivez-vous sur le site de la Cité de l'Architecture dans Conférences. Voyez aussi le propos de notre conférence sur les liens de l'architecte-enseignant avec les Mansart.

 

       Jacques-François Blondel, Place d'Armes de Metz (ex place royale), 1754-1788.

 

Exceptionnel numéro de l'Art Français 2013 (2014)

Le dernier numéro du Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français, année 2013, paru début 2017, présente non seulement une série d'articles tous plus passionnants les uns que les autres mais rassemble aussi d'exceptionnelles signatures. Nous sommes ainsi heureux de voir figurer notre article "Le mécénat du marquis de Voyer au château et aux haras d'Asnières-sur-Seine : enjeux politiques et culturels (1750-1755)" (p. 139-171) aux côtés de :

-Emmanuelle Loizeau, docteur en histoire de l'art au Centre André Chastel : "Le château de Chilly : question d'attribution et de restitution" (p. 9-30).

-Pierre Rosenberg, ex-président du musée du Louvre : "Les cinq Poussin des Reynon" (p. 31-40).

-Henriette Pommier, ingénieur CNRS en histoire de l'art à Lyon : "Richesse insoupçonnée d'une collection lyonnaise du XVIIe siècle. Les Reynon, marchands de soie et fabricants" (p. 41-63).

-Alexandre Maral, conservateur au Château de Versailles : "Lieux secrets de Versailles : les annexes de la chapelle royale dans l'aile du Nord" (p. 65-101).

-Yves Beauvalot, ex-directeur du CARAN : "Jean-Baptiste et Edme Bouchardon à Dijon (1716-1729) : nouvelles approches et découvertes" (p.103-137).

-Jean-Loup Champion, directeur de collections Gallimard : "Jean-François-Théodore Gechter (1796-1844), sculpteur romantique et ses éditions de bronze : un album inédit" (p. 173-254).

-Patrice Roquefeuil, historien de l'art : "Une autre Ruche : les ateliers de la rue Aumont-Thiéville à Paris 1884-1914" (p. 255-296).

-Nicole Tamburini, historienne de l'art : "Les carnets du chanoine Gabriel Sarraute (1893-1991) : un homme d'église passionné d'art et proche des artistes de son temps" (p.297-323).

Numéro disponible auprès des Editions de Boccard, 4 rue de Lanneau, 75 005 Paris.

 

                                                   Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français 2013 (2014)

Correspondance Pompadour-Deux-Ponts dans "Château de Versailles", n° 26, été 2017

Découvrez dans le dernier numéro de la revue Château de Versailles, n° 26, juillet-septembre 2017, quelques aspects de la passionante correspondance entre la marquise de Pompadour et le duc des Deux-Ponts, Christian IV, prince palatin, ou un éclairage inédit sur les échanges politiques, militaires et culturels entre la France et l'Allemagne au milieu du XVIIIe siècle.

La publication de cette correspondance est envisagée aux éditions Hommel.

 

                    Francois Boucher : Mme de Pompadour, Londres,1759                 Johann Christian von Mannlich : Christian IV des Deux-Ponts, Munich, 1771

Portrait de Madeleine Bernard : un nouveau Rigaud identifié

En juin dernier, nous avons eu le plaisir d’avoir confirmation par la grande spécialiste de Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Mme Ariane James-Sarazin, conservatrice du Patrimoine, de l’authenticité du portrait de Madeleine Bernard. Portrait qui n’était qu’attribué jusque là au grand maître du portrait français des XVIIe-XVIIIe siècles.

Madeleine Bernard (1684-1716) était la fille du fameux banquier de la Cour, Samuel Bernard (1651-1739), l’un des hommes les plus fortunés de son temps. Le portrait fut réalisé, semble-t-il, à l’occasion de son mariage en 1701 avec le fils de l’autre grande personnalité du règne de Louis XIV, Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), Premier architecte du roi et Surintendant des Arts, Jardins et Manufactures, autrement dit le ministre des arts du grand roi. Après les brillants mariages de ses deux filles (Catherine-Henriette avec le financier Claude Lebas de Montargis et Catherine avec le conseiller au Parlement ,Vincent Maynon), Hardouin-Mansart entendait terminer en apothéose l’union de son dernier enfant survivant, son fils, Jacques (1677-1762), alors conseiller à la 1ère chambre des enquêtes du Parlement de Paris. Ce mariage, célébré en janvier 1701 à Paris, fut considéré comme le mariage du siècle : les deux plus grosses fortunes de France, voire d'Europe, unissaient leurs enfants !

                                                    Hyacinthe Rigaud : Madeleine Bernard (vers 1701, coll. privée, cl. Ph. Cachau)

Les portraits des deux époux, conservés dans la descendance de la famille Bernard jusqu’à présent, présentent tous deux le même format ovale et deux cadres quasi-identiques. Ils sont tournés l'un vers l'autre. L’attribution du portrait de Jacques Hardouin-Mansart à Rigaud est rejetée par Mme James-Sarrazin. Ceci est d’autant plus surprenant que de nombreux membres de la famille Hardouin-Mansart furent portraiturés par l’artiste, à commencer par l’architecte lui-même, son beau-frère Robert de Cotte (1656-1735) ou son gendre Lebas de Montargis. Rappelons que Rigaud vécut et mourut rue Louis-le-Grand, dans une maison (n° 1, plaque sur la façade) qui se trouvait à deux pas de celle que possédait Hardouin-Mansart, rue neuve des Petits-Champs (actuelle rue Danielle Casanova, nos 4-6, à l’angle de la rue d’Antin), maison qui échut à sa fille Catherine-Henriette à son mariage en 1693. Nous ne doutons pas que le portrait de Jacques fut confié à un autre grand maître du genre dont de prochaines analyses devraient permettre l’identification.

                                                      Anonyme XVIIIe : Jacques Hardouin-Mansart, vers 1701, coll. privée, cl. Ph. Cachau)                                                        

Après une premier examen visuel de l’œuvre par Mme James-Sarrazin, le visage de l’épousée est bien de la main de l’artiste. Des radiographies devraient confirmer, là aussi, si le vêtement est de lui ou de l’atelier.

L’originalité de ce portrait réside, notamment, dans les rehauts de blanc de la chevelure au naturel, peinte comme s’ il s’agissait d’une perruque poudrée. Le portrait, extrêmement sobre voire négligé pour une fille de banquier, est loin des portraits grandiloquents auxquels le peintre nous a habitués pour ce type de personnalité.

Le mariage de Jacques Hardouin-Mansart et de Madeleine Bernard ne tiendra pas bien longtemps. La réputation de libertins des deux époux était alors bien établie. Dès 1702, Jacques se liait avec une aventurière, originaire de Toulouse, Madeleine Duguesny ou Duquesny (16-1753), avec laquelle il aura plusieurs enfants dont les survivants furent les futurs architectes : Jean Mansart de Jouy (1705-1783) et Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dit aussi de Lévy (1711-1778). Cette liaison adultérine fit scandale à Paris et dans toute la Cour. Une séparation de biens du couple intervint en 1709. Samuel Bernard réclamera réparation à Hardouin-Mansart et à sa famille jusque dans les années 1720 malgré le décès de Madeleine survenu en novembre 1716. Le scandale entre ces deux figures éminentes du règne de Louis XIV avait été trop grand.

Art religieux du XVIIIe siècle : Quand Paris rivalisait avec Rome

Lorsque nous publions en 2009, avec Xavier Salmon, actuel directeur du cabinet des dessins du Louvre, notre ouvrage sur la cathédrale Saint-Louis de Versailles (éd. Somogy), bien peu d’historiens de l’art s’intéressaient à l’art religieux du siècle des Lumières. Les thématiques récurrentes jusqu’alors étaient le château, l’hôtel particulier, l’urbanisme des villes et les jardins*.

 

                   Affiche de l'exposition (cl. Ph. Cachau)                     Jean Restout, La naissance de la Vierge, 1744 (cl. Ph. Cachau)

 

Si l’on traitait d’art religieux, il s’agissait le plus souvent de la seconde moitié du XVIIIe siècle à travers le néo-classicisme, le plus connu dans les ouvrages d’histoire de l’art. L’art rocaille, celui de la première moitié du siècle, n’était évoqué qu’à travers les arts décoratifs, la peinture ou la sculpture. L’architecture religieuse de la période était considérée alors − à tort − comme la continuation de celle du XVIIe baroque, faisant fi de la persistance d'une certaine tradition gothique, en plan comme en élévation, et des influences non négligeables d'un Francesco Borromini, notamment, dans les églises parisiennes, si prisées des architectes rocailles. C’est précisément cette lacune dans la connaissance de l’architecture française d’alors que nous avions tenu à corriger dans notre ouvrage, qui a fait des émules depuis (voir plus bas). Le commentaire flatteur de Françoise Hamon, ex-conservatrice à l'Inventaire et enseignante à Paris IV, dans le Bulletin Monumental en 2011, participa, semble-t-il, à la prise de conscience.

 

          Seconde salle de l'exposition (cl. Ph. Cachau)              Simon Julien, Le martyr de saint Hippolyte, 1762 (cl. Ph. Cachau)

 

C’est avec grand plaisir que l’on peut constater, depuis le début de notre décennie, un regain d’intérêt pour l’art religieux du XVIIIe siècle. À Paris, cet intérêt fut marqué, notamment, par la naissance de la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris, en octobre 2013, qui « a pour ambition de redonner aux églises de Paris la splendeur qu’elles méritent » (sic).

L’abandon, par l’équipe Delanoë, de l’ambitieux programme de restauration des églises de Paris, entamé dans les années 1990 par Jacques Chirac et poursuivi par Jean Tiberi, pouvait faire craindre le pire pour son splendide patrimoine religieux. La préface du catalogue de l’exposition du Petit Palais par Anne Hidalgo permet de mesurer l’ignorance de certains politiques devant la richesse du patrimoine de la capitale.

 

          Vue du flanc gauche de la seconde salle de l'exposition (cl. Ph. Cachau)              Restitution de la chapelle des Enfants trouvés, 1746-1750 (cl. Ph. Cachau)

 

Jouvenet, Restout, Deshays, Hallé, Pierre, Natoire, Largillère et autres grands maîtres de la peinture française du XVIIIe siècle sont de superbes inconnus pour vous : courrez donc voir la superbe exposition actuellement en cours au Petit Palais jusqu'au 16 juillet**. Didier Rykner avait attiré l’attention de ses lecteurs sur cette exposition remarquable (son billet du 9 mai 2017) et elle l’est assurément.

On est en effet stupéfait par la scénographie qui restitue des intérieurs d’églises parisiennes du XVIIIe. Le point d’orgue demeure assurément la restitution du fameux décor en trompe l’œil de la chapelle des Enfants trouvés, autrefois sur le parvis Notre-Dame, par les Brunetti père et fils, avec les tableaux conçus par Charles Natoire. Cet ensemble, réalisé entre 1746 et 1750, mêlait habilement décor italien à fresque (une crèche en ruine) avec toiles dans le goût français d’alors.

La qualité des œuvres exposées permet de mesurer combien Paris était parvenu à rivaliser alors avec Rome dans le domaine religieux. Qu’il s’agisse d’architecture, de décoration, de peinture ou de sculpture, les artistes français ou étrangers (Servandoni, Meissonnier, les Brunetti…) s’étaient surpassés pour faire de la capitale française un modèle du genre, là comme ailleurs. Paris n’avait pas attendu les XIXe et XXe siècles pour être la capitale des arts ! Les pillages de la Révolution et de la Commune,  le vide des églises causé par la loi de 1905 et le concile de Vatican II dans les années 1960, vont dénaturer profondément ces lieux emblématiques d’une France qui se voulait encore la fille aînée de l’Eglise. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer les intérieurs des églises au XIXe siècle avec celles d’aujourd’hui, à Paris comme en France.

 

          Louis-Jacques Durameau, La Mort et la Terre, la France et l'Europe, 1781 (cl. Ph. Cachau)              Dernière salle de l'exposition, période néo-classique (cl. Ph. Cachau)

 

On ne peut donc que féliciter le directeur actuel du Petit Palais et la conservation du musée de rappeler aux Parisiens, mais aussi aux touristes présents dans la capitale, la splendeur des églises de Paris au XVIIIe siècle, si amplement méconnue. Outre la peinture, l'exposition s'attache aussi aux qualités de metteur en scène de certains peintres (projet de Durameau pour le catafalque de l'impératrice-reine Marie-Thérèse d'Autriche à Notre-Dame) ou d'ornemaniste de certains architectes (pique-cierge de Soufflot pour Sainte-Geneviève).

Cette exposition fait écho à la publication, en novembre dernier, par les éditions Picard, d’un remarquable ouvrage sur les églises et ensembles conventuels de Paris aux XVIIe-XVIIIe siècles sous la direction de Mathieu Lours, professeur à l’université de Cergy-Pontoise***. Cet ouvrage offre le panorama complet, revu et corrigé, de l’architecture religieuse de cette époque à Paris qui manquait tant.

 

                 Jacques-Germain Soufflot, Pique-cierge pour l'autel de Sainte-Geneviève de Paris, fin XVIIIe (cl. Ph. Cachau)                   Paris et ses eglises, du Grand Siècle aux Lumières

 

*Cf. Mathieu Lours : Les cathédrales de France du Concile de Trente à la Révolution : mutation d’un espace sacré, thèse d’histoire de l’art soutenue à Paris I en 2006 sous la direction de Nicole Lemaître. Le thème n'est pas évoqué dans Les arts réunis. Mélanges offerts à Daniel Rabreau, Paris, 2017.

**Exposition Le baroque des Lumières. Chefs-d’œuvre des églises parisiennes au XVIIIe siècle, Petit Palais, 21 mars-16 juillet 2017.

***Paris et ses églises du Grand Siècle au Lumières, éd. Picard, Paris, 2016.