Villandry au XVIIIe siècle : l’architecte du marquis de Castellane identifié

Considéré à juste titre comme l’un des grands châteaux Renaissance du Val-de-Loire, Villandry est resté largement dans l’état souhaité au XVIIIe siècle par le comte Michel-Ange de Castellane (1703-1782).

En 1754, il acquit la seigneurie et obtînt son érection en marquisat par Louis XV en 1758. Elle demeurera la propriété de sa famille jusqu’à la cession par son fils, Esprit-François-Henri, en 1791.

Pour parvenir à ses fins, Castellane engagea, dès 1755 et jusqu’au début des années 1760, la rénovation complète du château et des jardins. Il procéda ainsi à la création de nouveaux pavillons à l’entrée du domaine, aujourd'hui à l'entrée de la commune, puis à l’avant-cour du château qui fut étendue et réaménagée. Un vaste logis pour les communs fut créé à l’est et, à l'ouest, de nouvelles écuries avec manège et logement pour la domesticité.

Le marquis de Castellane compléta le jeu des terrasses du jardin par d'autres, à l’est et au sud. Il aménagea la cascade que l’on voit aujourd’hui ainsi que, au sud du domaine, le grand bassin polylobé disposé au centre des parterres en gazon.

Les célèbres carrés du potager, qui font aujourd’hui la renommée des jardins de Villandry, ont été rétablis au début du XXe siècle à partir de ceux qui apparaissent sur le plan cadastral napoléonien de 1808.

Michel-Ange de Castellane remit également les façades du château au goût du jour, dans le style rocaille du moment. Il réaménagea parallèlement l’intégralité des intérieurs afin de leur conférer la modernité, le confort et les commodités si appréciées au XVIIIe siècle. L’escalier Renaissance polygonal hors œuvre de la cour fut démoli et remplacé par le bel escalier rocaille actuel.

 

                                     Villandry dans son état milieu XVIIIe, cliché fin XIXe.

 

Enfin, le château et le parc se virent dotés de pavillons de même style, conformes au goût pittoresque du moment : les pavillons de la terrasse et de l’audience (années 1750).

Tous ces aménagements ont été relatés lors de notre conférence pour la Société archéologique de Touraine, le 12 janvier 2022. On en retrouvera le contenu dans l'article à paraître dans le bulletin 2023 de la société.

Cette conférence fut surtout l’occasion de dévoiler  - enfin - le nom de l’architecte employé par le marquis de Castellane. Son nom nous fut révélé dans une procuration du marquis datée du 30 juin 1768, conservée dans le fonds du château du Rivau – autre propriété tourangelle du marquis – déposé aux Archives départementales d’Indre-et-Loire : il s’agit d’un dénommé Jean-Baptiste Saint-Joire.

L’homme, domicilié au château de Villandry, se déclarait abusivement « architecte du roi ». Il n’existe en effet aucun architecte de ce nom dans les registres de l’Académie royale d’architecture. Ce titre dut cependant faire son effet dans l’entourage du marquis de Castellane. Il était peut-être originaire de la Meuse où se trouve une commune de ce nom (?). On ignore tout du personnage.

Tout élément permettant une meilleure connaissance de sa personnalité et de son activité est donc bienvenu.

Contact

 

          Jean-Baptiste Saint-Joire, Pavillon de la terrasse, Villandry, milieu XVIIIe, cl. Ph. Cachau            Jean-Baptiste Saint-Joire, Pavillon de l'audience, Villandry, milieu XVIIIe, cl. Ph. Cachau

 

Addendum : En avril 2022, c'est avec une satisfaction particulière que nous avons pu identifier également l'appartement des marquis de Castellane, père et fils, dans l'aile gauche du château, au bout de la galerie.

Cet appartement fut en service jusqu'au début du XXe siècle et sert aujourd'hui de réserve. Disposé ensuite de l'actuelle salle mauresque, ancienne chambre du marquis, il se composait en outre d'un cabinet, de lieu d'aisance, salle de bains, corridor d'accès à l'ancienne terrasse menant au logis de l'intendance, chapelle ou oratoire et sacristie.

On espère le voir restauré prochainement et inscrit dans le circuit de visite. Nous nous livrerons à une analyse plus fine de cet appartement dans notre article pour la Société archéologique de Touraine à paraitre en 2023.

 
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